La promotion
Je continuai inlassablement mes rondes, mes entraînements, comme si la vie n’était qu’une boucle infinie. Mais un jour, j’entendis une musique semblant être hors de la cité. Et pas seulement, aussi quelques personnes prenant le pont pour sortir de la cité vers cette même musique. En m’approchant, j’ai pu constater qu’il s’agissait de templiers et .. du Roi en personne!
Je fus en repos à ce moment-là, et ma curiosité me titillait fortement. J’ai donc décidé de suivre discrètement Sire Aerandir, ni vu ni connu. Qui sait… peut-être qu’il aurait besoin d’aide s’il se faisait attaquer ou je ne sais quoi?
Finalement, ils ne se sont pas éloignés énormément. Il y avait une dame en contrebas que j’avais rencontrée une fois il y a peu, à Giran, une sœur barde. Le Roi et ses templiers se sont dirigés vers elle. Je m’approchais encore un peu pour tenter d’entendre la musique tout en gardant un œil sur les environs. Mais mes talents de discrétion ne sont pas aiguisés, et le Roi m’a aperçu au loin. Je me suis dit à ce moment-là que j’allais prendre une dérouillée royale … mais pas du tout. Il m’a invité à m’approcher et écouter avec eux la musique.
Je n’osais même pas parler, il m'impressionne trop. Il a pris la peine d’engager la conversation. J’ai pris mon courage à deux mains, et je me suis lancé, je lui ai parlé ouvertement de mon sentiment de stagnation dans l’armée, du fait que malgré tous mes efforts, cela ne donnait aucun résultat… Une chose en entraînant une autre, avec bienveillance, il m’a proposé de le suivre dans sa prochaine mission.
La discussion a ensuite dévié sur une histoire d’elfes problématiques, qui misaient tout sur les traditions, et reniant tout ce qui n’est pas elfique. Je me souviens les avoir croisé il y a quelques jours à Giran sur la place… J’espère qu’il n’en sera rien. Il serait impensable que notre peuple se divise pour de telles choses.
Quelques jours après, j’ai eu l’occasion de le recroiser dans Cefedellen. Je ne savais plus où me mettre quand il m’a fait remarquer que j’étais “trop admiratif” et que je devais être moins formel avec lui… Comment pourrais-je me le permettre? Je l’admire tellement, et il est quand même mon Roi, je ne m’imagine pas lui parler comme un simple ami.
Je l’ai suivi jusqu’à la “zone neutre”, un endroit à la croisée de plusieurs territoires. Il y a souvent des missions de nettoyage et surveillance effectuées par Cefedellen, et Sire Aerandir voulait m’observer en combat pour voir ce dont j’étais capable. J’ai donné tout ce que j’avais dans ces combats, avec ma lance virevoltant et tranchant mes ennemis. Il calmait parfois mes ardeurs, prenant de temps en temps un peu trop de plaisir à combattre. Je fis en sorte d’utiliser le plus de choses possibles, autant montrer au Roi que je suis assidu à apprendre les méthodes de combat elfiques, dans les pures traditions de notre peuple.
Je fus soulagé en entendant de sa bouche qu’il était satisfait de mes compétences et que j’étais un très bon technicien. Bien entendu, je ne pouvais pas m’empêcher d’être formel et de montrer mon admiration alors qu’il me demandait d’en faire moins … rien à faire, j’ai du mal. Surtout que je pouvais sentir parfois le regard des autres gardes autour, comme s’ils jugeaient le fait que je côtoyais le Roi. Je sais très bien qu’ils me sous estiment, je m’en moque. Je ferais tout pour m’extirper des bases besognes dont je finis par être indigne vu mes compétences. Et si le Roi m’offre un poste ailleurs dans l’armée, cela serait encore plus valorisant.
Petit à petit, le Roi fit appel à mes compétences pour diverses missions à ses côtés. Je me sentais revivre, j’étais même heureux que quelqu’un me fasse confiance et croit en moi. J’ai même envie de le crier en face de tous les autres, mais cela ne serait pas convenable. De toute façon, je n’y arriverais même pas. J’ai du mal à parler de moi positivement et je diminue mes actions quand j’en parle à des personnes.
Et là, après quelques semaines, Sire Aerandir m'a informé que j’avais une nouvelle place dans l’armée si je le souhaitais. Je n’ai pas hésité une seule seconde, j’ai accepté de suite de devenir un de ses gardes royaux! C’était le plus beau jour de ma vie. Je faisais en sorte de contenir mes sentiments devant le Roi, mais je pense qu’il a vu en moi ce que cette promotion faisait.
Quelques jours après cette nomination, j’étais convoqué pour prendre mes mesures, s’informer sur ma façon de combattre. J’ai eu la surprise d’apprendre qu’on me ferait tout un nouvel équipement, armure et lance, pour être à la hauteur du poste. Quand j’ai récupéré tout cela, je regardais cette armure étincelante, ainsi que cette sublime lance, tout cela dans le style purement elfique. C’est là que je commençais à me rendre compte que tout ceci était réel.
Il ne reste plus qu’à me mettre au travail, et servir le Roi le plus loyalement possible, en le protégeant et en exécutant ses ordres avec fierté et motivation! Et malgré ce qu’il dit, je garderai pour lui beaucoup d’admiration.