_____« Cyrielle fut certainement l'un des plus grands bonheurs de ma misérable vie.
_____Je m'en suis longtemps voulue de sa naissance, pour lui offrir cette vie de bohème et cette mise au monde non désirée. Certes, ma grossesse fut une erreur. Mais au fond de moi, j'ai toujours su qu'un enfant me permettrait de ne pas commettre les mêmes sottises et enfin lui offrir une agréable vie par ma rédemption. Malheureusement, cette nouvelle qui se voulait être heureuse m'a causé bien des soucis, et plus d'une fois j'ai bravé mes propres envies pour désirer tuer ce fruit de moi au creux de mes entrailles. Grossière erreur, mais ma détresse était si grande...
_____Son géniteur n'était autre que le cher de Windator, ce Ô combien respecté représentant du Conseil de Rune et fier porte-parole de la voix sacrée d'Einhasad. Bien entendu, il refusait catégoriquement de reconnaître cet enfant comme sa fille légitime, ne désirant avouer au monde qu'il batifolait allègrement avec une courtisane. A cette annonce, sa réaction ne se fit guère attendre et il m'effaça de sa vie avec une telle facilité que j'en fus déconcertée. Je pense que c'est ainsi que j'ai compris, pour la première fois, que cette vie de bohème et de luxure ne m'offrait aucune attache en cas de chute. Une belle révélation devant mes yeux avides, mais bien trop tard.
_____Ma grossesse continuait dans la solitude la plus extrême. Les quelques revenus qui me restaient de mes précédents clients me permirent de loger pendant neuf mois dans cette auberge médiocre de la cité. Je ne pouvais me permettre de m'afficher avec un tel ventre devant les gens de la Cour : cela délierait bien trop les langues et lèverait des soupçons, étant donné qu'aucun homme ne partageait officiellement ma vie. Mais mon absence fut bien peu remarquée, tant j'étais à la fois enviée par mon insolente beauté et mon caractère hautain, et à la fois si détestée par le regard doux que portait les hommes à mon égard. Les femmes de la Cour devaient certainement se sentir bien libérées, alors que les hommes purent enfin se concentrer sur les bouts de chair qui partageaient leurs toits, et leurs revenus.
_____Je mis au monde mon enfant seule, dans cette même chambre que je n'avais quitté durant des mois. J'avais pris le soin de ne point trop manger et d'ainsi résister à mes pulsions maternelles pour vite maigrir à nouveau et reprendre le travail. Mes maigres bourses s'étaient largement amenuisées par le prix de cette auberge, et quelques mois de plus nous auraient littéralement mis dans la mendicité.
_____Ainsi, je ne mis guère de temps pour perdre les quelques surplus de poids de ma grossesse, et retourner travailler. Je repartis à la chasse des fortunés, laissant bien des fois ce petit bout de femme dans la chambre, livrée à elle-même. Je n'avais même pas pris le temps de lui offrir un nom, tant j'étais apeurée par l'idée de finir à la rue. Je voulais lui offrir une vie parfaite et ainsi faire d'elle ce que j'aurai aimé être, en me repentant sur mes erreurs. A présent, courtiser était bien plus une sentence qu'un amusement. Mais il le fallait, pour permettre à ma famille de survivre et offrir à ma fille un avenir digne de ce nom.
_____Les gens de la Cour me crurent sans hésitation quand je prétextais que mon absence était dû à un voyage familial. Ils me trouvèrent juste fatiguée et épuisée, mais ils mirent très facilement cela sur le compte du dépaysement.
_____Entre deux clients, j'essayais d'éduquer ma fille dans les règles de la Haute Bourgeoisie. Je lui appris tout d'abord à parler et à lire, pour ainsi la laisser se plonger dans de nombreux livres que je dérobais chez mes clients et lui offrir la meilleure culture qui soit face à mon absence. Elle avait mes beaux yeux verts, rappelant deux resplendissantes émeraudes alors que les miens n'étaient que ternis par les épreuves et cette vie-là. Son teint était aussi très pâle, tout comme moi, lui donnant un air de poupée fragile et délicate. Cependant, elle possédait bien les cheveux bouclés et sombres de son père, qui s'écoulaient en longues boucles sur ses épaules. Malgré ce léger détail, nul n'aurait pu deviner une véritable ressemblance à de Windator. Grand bien lui fasse.
_____Au fur des mois, je commençais à sombrer dans une déprime aussi poignante que puissante. Je ne pouvais continuer de mener cette vie-là, et cacher aux yeux du monde cette enfant qui était à présent ma seule fierté. Cependant, la faire sortir de la chambre et ainsi découvrir la vie allait la mettre sous le regard d'autrui et mes batifolages allaient rapidement cesser pour nous conduire directement à la rue.
Une seule solution s'imposait alors à moi : je devais faire d'un de mes clients passagers un client d'une vie, uni à moi par les liens sacrés du mariage.
_____Amen.
_____C'est ainsi que j'ai réussi à séduire le cher Edward Donatella dont la richesse n'avait d'égale que sa laideur. Il avait fait fortune dans une histoire de commerce de cotons avec des pays étrangers – je n'avais réellement suivi son histoire, et cela ne m'intéressait réellement pas. Je lui avais présenté ma fille – que j'ai appelé Cyrielle dans la présentation, à savoir mon vrai prénom de jeune fille – comme étant une petite nièce orpheline que l'on m'avait confiée lors de la mort de ses parents. Il me crut sans hésitation, mettant sur ce compte mon absence pendant presque une année aux yeux de la Cour. Rapidement, il fut très charmée par ma beauté et par la gentillesse et l'intelligence de ma propre fille qui mentait selon ma volonté sans réellement en connaître la raison. Que son regard me blessait quand elle m'appelait « tatan » avec cette once de peine et d'interrogation... C'était certainement les coups de poignards journaliers qui me rappelaient la vie de mensonges que j'étais en train de tisser.
_____Très vite, Edward accepta de m'épouser et nous acquîmes ainsi – ma fille et moi -, son nom ainsi que sa fortune. Les années se passaient paisiblement, et je pouvais ainsi offrir à ma fille une éducation telle qu'elle le méritait, en offrant en sacrifice mon propre bonheur en les bras de cet homme. Edward ne vit rien quand à ma douce considération pour Cyrielle, et lui-même la voyait telle sa propre fille. Mais je sentais très bien en son regard ou ses sous-entendus qu'il désirait un véritablement enfant de moi, et de surcroît un petit homme, pour ainsi assurer la digne lignée des Donatella. Essayant de fuir mes devoirs conjugaux le mieux que je le pouvais, je me permis de faire de ce temps libre un vrai hâvre de douceur pour l'unique sens de ma vie. Je lui appris les rudiments de la bonne conduite et des formalités, tout en lui faisant lecture des contes et légendes qui animaient nos terres. Je me permis même de lui apprendre quelques mots elfiques dont j'avais eu connaissance par un de mes anciens clients pour agrandir sa culture et ainsi faire d'elle une femme convoitée et intelligente. Je désirais réellement faire de sa vie mon rêve, et ma rédemption.
_____Les saisons continuèrent de défiler, contemplant Cyrielle s'épanouir et grandir en notre demeure. Néanmoins, sa croissance emmenait dans son sillage de nombreux doutes quant à sa véritable nature : tout en son épanouissement me ressemblait, tant par ses yeux émeraudes que sa peau pâle ou la douceur de ses traits. Très vite, Edward eut des doutes, puis des suppositions, qu'il ne tarda par à m'émettre sous forme de questions en évoquant notre ressemblance. Les arguments d'une soeur jumelle réussirent à apaiser ses soupçons pendant de nombreux mois, mais tout mensonge devait affronter un jour sa vérité.
_____Je me rappelle de ce jour comme si c'était hier. Je me revois l'entendre rentrer à la demeure en claquant la porte avec rage, alors que je faisais la lecture à Cyrielle. Il était entré dans la chambre avec fracas, le visage tordu par la rage et la honte. En ses mains se tenait le registre de ma famille, indiquant que mes défunts parents n'avaient eu qu'une seule enfant, et non des jumelles. Le rapprochement ne fut guère dur à trouver pour lui, et les seules explications que je pus lui donner furent des cris de douleur sous ses coups violents. Me faire battre ne fut pas le plus douloureux, mais c'était bel et bien les cris effrayés de ma fille dans son lit en s'écriant pour la première fois « Maman ! ».
_____Après une nuit tâchée de sang et d'hématomes, il me mit à la porte sous la pluie battante avec Cyrielle, seules en chemise de nuit dans une rue déserte. Je savais pertinemment qu'il ne dirait à personne la vérité, car cela serait aussi tâcher sa propre réputation en lui offrant la douce image de « Bon Naïf » - et Einhasad sait à quel point ces hommes fortunés tenaient à garder leur fierté. Il allait très certainement trouver une explication bien cohérente à tout cela en le plaçant en héros et en me discréditant, mais cela m'importait peu : je devais à présent faire face à une vie sans fortune et sans demeure, sans attache.
_____Mais tout cela me parut bien anodin quand je sentis sa petite main serrer la mienne avec affection. »
Chroniques de Corselia Donatella, feue Cyrielle Lamaria.
Cyrielle
Modérateurs : Conseillères, Admins et GMs
~ Interlude, d'hier à aujourd'hui. ~
« Je ne savais combien de temps il me fallait rester ici. J'avais trouvé mon Frère, certes, avec un plaisir non dissimulé. Mais je ne pouvais me permettre de rester dans ses jambes inutilement pendant tout ce temps. Tylian me l'avait bien dit, pourtant : « A présent, petite soeur, ensemble et pour toujours ». Je savais que je pouvais lui faire confiance. Il n'était pas comme les autres... ceux qui m'ont lâchement abandonné durant toute ma vie. Telle la dernière sangle à mon étrier, ma dernière attache à un minimum de rationalité, je m'accrochais à lui dans le seul but de le retenir.
…
Mon « Don » continuait de faire des ravages. Heureusement, j'ai réussi à le canaliser pour permettre à Tylian de sortir indemne d'une bataille avec ces vils Orcs. Mais mon corps n'était pas apte à subir ce transfert de blessures : je n'étais pas assez résistante, et point assez forte. Il me fallait le canaliser davantage, et apprendre à l'utiliser avec parcimonie. Pour le moment, je ne pouvais protéger qu'une seule personne avec ce Don, et cela en très courte durée et de surcroît avec un contact physique... Mais avec de l'entraînement, Dame Anastasia m'a promit que celui-ci pourrait être très utile.
…
J'ai donc suivis un entraînement pour apprendre à manier les armes blanches et surtout pouvoir encaisser davantage. Le Général Owein du Lys m'a beaucoup aidé pour cela, en m'emmenant dans des contrées inconnues soumises aux rudes épreuves du temps. De la neige à la pluie, des déserts aux souffles des vents; j'apprenais à manier ces deux lâmes avec une belle dextérité malgré mon jeune âge. « Tu es gracieuse et redoutable en combat », m'a-t-on dit; mais j'ai pleinement conscience que de telles paroles ne sont là que pour me motiver et continuer de m'entraîner. De longues heures, de nombreux jours et plusieurs mois seront certainement nécessaires pour exceller en mon art.
…
Dame Anastasia m'a aussi permit de rejoindre l'Académie pour que les magiciens du Temple, en parralèle, m'aident à canaliser ce Don et ainsi lm'apprenent les rudiments de la Magie. Elle se chargera par la suite de mon entraînement, étant une véritable Déesse en ce domaine. J'ai foi en elle et en sa bonne volonté, et je suis certaine qu'avec une telle Maîtresse à mon chevet, je ne pourrai que devenir puissante, et ainsi utile pour mon Frère. Elle m'a demandé d'intégrer le Lys Rouge pour m'avoir toujours à l'oeil et me protéger... En effet, des âmes bien sombres sont désireuses de m'avoir pour ainsi profiter de mon Don... Et j'avoue que seule, je n'arriverai certainement à rien.
…
Me voici ainsi en ce jour au service du Lys, en tant que Protégée et Elève de Dame Anastasia. Le peaufinement de mes armes se ferront avec le Général Owein et mes rudiments magiques seront proie aux précieux conseils de Dame Anastasia. Très bientôt, je serai redoutable mais surtout utile; et je pourrai enfin donner un sens à ma vie et ne plus me sentir coupable de rester dans les pieds de Tylian, mon cher frère, sans rien faire d'utile. Peut-être m'autorisera-t-il enfin dans un futur lointain de le rejoindre en son Chapitre...
Je l'espère. »
« Je ne savais combien de temps il me fallait rester ici. J'avais trouvé mon Frère, certes, avec un plaisir non dissimulé. Mais je ne pouvais me permettre de rester dans ses jambes inutilement pendant tout ce temps. Tylian me l'avait bien dit, pourtant : « A présent, petite soeur, ensemble et pour toujours ». Je savais que je pouvais lui faire confiance. Il n'était pas comme les autres... ceux qui m'ont lâchement abandonné durant toute ma vie. Telle la dernière sangle à mon étrier, ma dernière attache à un minimum de rationalité, je m'accrochais à lui dans le seul but de le retenir.
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Mon « Don » continuait de faire des ravages. Heureusement, j'ai réussi à le canaliser pour permettre à Tylian de sortir indemne d'une bataille avec ces vils Orcs. Mais mon corps n'était pas apte à subir ce transfert de blessures : je n'étais pas assez résistante, et point assez forte. Il me fallait le canaliser davantage, et apprendre à l'utiliser avec parcimonie. Pour le moment, je ne pouvais protéger qu'une seule personne avec ce Don, et cela en très courte durée et de surcroît avec un contact physique... Mais avec de l'entraînement, Dame Anastasia m'a promit que celui-ci pourrait être très utile.
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J'ai donc suivis un entraînement pour apprendre à manier les armes blanches et surtout pouvoir encaisser davantage. Le Général Owein du Lys m'a beaucoup aidé pour cela, en m'emmenant dans des contrées inconnues soumises aux rudes épreuves du temps. De la neige à la pluie, des déserts aux souffles des vents; j'apprenais à manier ces deux lâmes avec une belle dextérité malgré mon jeune âge. « Tu es gracieuse et redoutable en combat », m'a-t-on dit; mais j'ai pleinement conscience que de telles paroles ne sont là que pour me motiver et continuer de m'entraîner. De longues heures, de nombreux jours et plusieurs mois seront certainement nécessaires pour exceller en mon art.
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Dame Anastasia m'a aussi permit de rejoindre l'Académie pour que les magiciens du Temple, en parralèle, m'aident à canaliser ce Don et ainsi lm'apprenent les rudiments de la Magie. Elle se chargera par la suite de mon entraînement, étant une véritable Déesse en ce domaine. J'ai foi en elle et en sa bonne volonté, et je suis certaine qu'avec une telle Maîtresse à mon chevet, je ne pourrai que devenir puissante, et ainsi utile pour mon Frère. Elle m'a demandé d'intégrer le Lys Rouge pour m'avoir toujours à l'oeil et me protéger... En effet, des âmes bien sombres sont désireuses de m'avoir pour ainsi profiter de mon Don... Et j'avoue que seule, je n'arriverai certainement à rien.
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Me voici ainsi en ce jour au service du Lys, en tant que Protégée et Elève de Dame Anastasia. Le peaufinement de mes armes se ferront avec le Général Owein et mes rudiments magiques seront proie aux précieux conseils de Dame Anastasia. Très bientôt, je serai redoutable mais surtout utile; et je pourrai enfin donner un sens à ma vie et ne plus me sentir coupable de rester dans les pieds de Tylian, mon cher frère, sans rien faire d'utile. Peut-être m'autorisera-t-il enfin dans un futur lointain de le rejoindre en son Chapitre...
Je l'espère. »
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