Corwynn

Ici se trouvent les BGs des héros décédés, paix à leurs âmes.

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Corwynn
Elpy
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Corwynn

Message par Corwynn » jeu. 26 février 2009 à 01h33

Le Présent:


"Ne traines pas."

Elle me tire par la main en pressant le pas alors que nous traversons les rues encore désertes de la cité. Quelques rares badauds ont ouvert leurs fenêtres et se penchent, une bougie à la main, une laine aux épaules, et scrutent la petite ruelle que nous traversons.

Les talons de ses lourdes bottes claquent sur le pavé et raisonnent dans l'air glacé de la nuit. De légers flocons de neige tombent ici et là et s'infiltrent parfois dans mes yeux.
J'ignore si c'est à cause d'eux que mes larmes continuent de tracer des sillons sur mes joues ou si c'est juste la douleur de ma gorge en feu suite à notre fuite effrénée.


Elle nous dirige dans un coin dissimulé par des objets en bois à la masse informe, des rebuts, et nous fait se tapir contre le mur aux moellons inégaux. La pierre rêche vient racler contre mon dos, et je profite de ce répit pour reprendre ma respiration.
Des images viennent danser devant mon regard alors que je scrute la silhouette de son dos, elle-même en train de vérifier que la grande place est désertée de toute présence de gardes.

"Attends ici. Je vais m'assurer que le passage est sauf."

Sa voix me parvient étouffée par le vent, et ma respiration est encore trop irrégulière pour que j'arrive à retrouver mon rythme et lui répondre. Elle tourne la tête en arrière et me dévisage de ce regard sombre et indéfinissable.

Tout ce que je peux faire, c'est hocher la tête.
Elle retire alors sa main gantée d'écailles écarlates de ma poitrine et s'avance à découvert rapidement sur la grand' place.

Je dégluti difficilement, et ferme les yeux, laissant aller ma tête en arrière.


Quelques Heures auparavant:


La soirée au château s'annonçait des plus ennuyeuses et des plus normales.
Comme souvent, le châtelain avait organisé une fête dansante, et bien sûr, je n'y avais pas été convié.
Depuis la petite chambre que j'occupais dans cette aile reculée du château, je pouvais entendre les bruits de la fête, les rires des convives, les domestiques s'affairant dans les corridors.
Je finissais mon repas frugale en observant les flocons de neige par la fenêtre. La lettre de ma préceptrice était posée sur la table d'étude en vieux bois. Elle était partie depuis quelques lunes, et sa présence, la seule un peu réconfortante en ces lieux, me manquait.

La jeune Sombre ne séjournait que brièvement au château, rarement plus d'une semaine, mais je m'étais senti proche d'elle dès notre première rencontre, comme si un lien particulier nous unissait déjà avant que l'on se soit vus pour la première fois.

Je finis de résoudre les exercices qu'elle m'avait laissés avant son départ, puis m'étirait sur ma chaise, avant d'aller vérifier que ma fenêtre était bien fermée, et de tirer les rideaux.
Je me tournais ensuite pour me changer, et me glisser dans mon lit.
Le sommeil mit du temps à venir, j'essayais de ne pas penser aux dernières remontrances du cousin du châtelain, à qui je devais d'avoir été élevé au château.

Il m'avait expliqué un jour, dans un de ses accès de colère habituels, que si cette Sombre n'était pas venu le trouver, il n'aurait jamais accepté de prendre à sa charge un orphelin tel que moi et de le faire vivre à la Cours du château.
Il semblait toujours mal à l'aise en ma présence.

Cette Sombre qui m'avait amené à lui alors que j'étais encore trop jeune pour m'en souvenir ne revint au château que bien des années plus tard. Elle se présenta à moi et m'annonça qu'elle serait ma préceptrice à partir du moment de notre rencontre.

Selon elle, je n'étais pas orphelin.
Mais pour des raisons qu'elle disait ignorer, mes parents avaient pris soin de s'éloigner de moi.
Quand elle parlait de mon père, elle le décrivait comme quelqu'un de très discret, et qui maniait trop de secrets appartenant à d'autres pour pouvoir se permettre de mener une vie normale.
J'avais déduis de ses paroles, à son insu, qu'il devait s'agir d'un Sombre.
Selon elle toujours, ma mère quant à elle était une guerrière émérite et un membre éminent de la Noblesse d'Elmore. Elle me décrivait parfois certains de ses faits d'armes, sans jamais mentionner son nom.

Sans raison particulière, je me pris donc à imaginer quel genre de personne ils pouvaient être, leur fantasmant une vie romanesque qui m'était inaccessible, essayant d'imaginer que tel ou tel héros ou grand nom de la Noblesse pouvait être l'un d'eux; et c'est au travers de ce vagabondage de mes pensées que je m'endormis.



Je ne sais également ce qui me tira de mon sommeil.
J'ouvris soudain les yeux, et la vit, au dessus de moi. Elle se tenait silencieuse, son masque d'ombre lui dissimulant le visage. Un sourire doucereux affleurait à ses lèvres.
Malgré la pointe de sa lame qui était posée sur ma gorge, et son intention manifeste, je la trouvais magnifiquement belle.

Comme si Elle lisait en moi que je n'allais pas crier, ou que j'en sentais la futilité, elle se pencha davantage, et vint appliquer sa main libre contre mon visage en une caresse subtile au premier abord.

Sans que j'en comprenne la raison, mes lèvres s'entrouvrirent et quelques mots glissèrent dans un murmure:

"Mère..."

Sa prise s'affermit en préparation de la blessure fatale qu'elle s'apprêtait à m'infliger.
Je posais ma main sur la sienne.

Elle sembla s'arrêter alors, hésiter.

Alors qu'une perle écarlate roulait le long de mon cou, la lame quitta ma gorge et elle retira sa main de mon visage. Elle me considéra longuement après s'être redressée.
Le temps sembla suspendre son cours, alors que l'assassin que j'avais appelé "Mère" me fixait de son regard d'obsidienne.

Elle me tendit finalement la main:

"Cette place va bientôt tomber et tout ses occupants mourront ce soir." me dit-elle à voix basse.
"Suis-moi si tu veux vivre."


Au bout de quelques secondes, mon corps remua mécaniquement et ma main vint saisir celle qui m'était tendue.
Elle me tira avec force hors du lit, et me désigna des vêtements de la pointe de son épée.
Je m'habillais en silence, et quelques minutes après, nous nous glissions hors du château endormi alors que s'élevaient les premiers cris des habitants surpris dans leur sommeil...


Une fois à l'extérieur, nous avons croisé un groupe d'hommes masqués en armes.
Ils étaient visiblement chargés d'éliminer les fuyards éventuels.
Elle leur montra un insigne, et sous son ton autoritaire et après un temps qui me parut interminable, nous laissèrent passer.
Nous arrivions à mi-chemin entre la ville et le château lorsque les premiers coups des golems de siège résonnèrent contre les murailles du château, déchirant l'air de la nuit:

Schutgart venait de tomber.



Le Présent


Lorsque je rouvrais les yeux, la neige continuait de tomber, mais il n'y avait toujours aucune trace d'Elle.
Après un long moment d'hésitation, je me décidais à faire quelques pas sur la grande place, la cherchant du regard.
Je ne m'étais pas beaucoup avancé que je croisais un homme vêtu d'une armure rutilante à l'apparence chitineuse, comme taillée dans de l'écaille même, du même aspect que l'armure qu'Elle arborait.
Il marchait comme si la cité dont la nuit était encore agitée par la clameur naissante lui appartenait, bien qu'il n'affichait aucun signe particulier, le goût âcre du danger emplit le fond de ma gorge lorsque je croisais son regard.

Je restais ainsi, tétanisé.

Rester sans rien dire allait tôt ou tard l'amener à me demander ce que je faisais ici, seul, au milieu de la nuit, mais rebrousser chemin sans rien dire serait également suspicieux.
J'étais en train de me résoudre à prendre la fuite lorsqu'Elle apparut soudain de derrière moi, posant une main sur mon épaule pour me calmer, et faisant face à l'homme.

Elle lui parla calmement, et il lui répondit avec un léger sourire.
Ils devaient se connaitre.

Il me désigna vaguement du menton, mais elle m'ordonna de m'éloigner, ce à quoi j'obéis sans me faire prier. Ils discutèrent quelques minutes au bout desquelles elle lui donna un petit objet.
Puis elle revient vers moi et, m'emmenant par l'épaule, me fit faire demi-tour, sous le regard perçant de l'homme en armure rouge. Je détournais vivement la tête, comme si j'avais eu peur qu'il puisse lire dans mon âme.

Au bout d'un instant d'une marche silencieuse dans les rues nocturnes, nous sommes arrivés devant la Passeuse.

Elle lui murmura notre destination: la petite cité rurale de Gludio.

Je jetais un dernier regard en arrière, sur la ville qui m'avait vu grandir: je savais que ma vie venait de changer à jamais et que je n'y reviendrai plus avant longtemps...


*à suivre*

Corwynn
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Message par Corwynn » sam. 28 février 2009 à 08h34

Le présent:

Deux membres de la Garde personnelle de la Régente de Rune, la Naine Kya Marra: l'un porte une armure composite en acier de Tallum, et l'autre une armure de plate rouge cauchemar.
La situation ne pouvait être plus défavorable: tout deux étaient des combattants d'élite, et tout deux étaient mes adversaires. Pour couronner le tout, ils étaient armés et moi pas.
Non, la situation ne pouvait être plus défavorable...



Quelques jours plus tôt:


Elle m'avait amené loin du tumulte de Schutgart jusqu'à la bourgade de Gludio. Le calme de la petite ville contrastait avec la tension des moments que je venais de vivre et me semblait presque iréel. Elle me fit traverser la ville jusqu'à l'une des sorties, et nous avons continué notre marche nocturne jusqu'à une petite tour de garde. Après avoir descendu quelques marches de pierre, nous arrivions à une petite porte barricadée qu'elle ouvrit grâce à diverses clés et un sceau magique.
Évaluer à qui j'avais à faire était l'une des premières leçons que l'on m'avait apprises, et je pouvais sentir qu'Elle était le genre d'être plein de ressources inattendues.

La "planque" était petite mais confortable.
Juste assez aménagée pour ne pas paraître trop rustre, juste assez spartiate pour ne pas encourager quelque voleur de passage de l'intérêt d'un pillage en règle.
Elle me désigna un coin de la pièce où était posé un matelas et des couvertures tandis qu'elle même allait s'assoir dans un autre aménagé de façon à peu près similaire. Elle déboucla ses lames et s'assit en tailleur, l'une des épées contre son épaule, et ferma les yeux. Elle semblait plus se concentrer que réellement dormir, aussi n'ai-je pas posé la déranger.

Je m'assis à mon tour et tentais d'organiser le chamboulement de mes pensées.
La situation m'apparaissait assez clairement: j'étais... nous étions en cavale pour une raison ou pour une autre ayant trait à la chute du château de Schutgart.
Le châtelain avait-il été abattu par un de ses ennemis de longue date? Cela me semblait peu probable. Toujours était-il qu'un ordre avait visiblement été donné de ne laisser aucun survivant et en tant qu'exception, je constituais une cible.

Je fis tourner cette pensée plusieurs fois dans ma tête jusqu'à l'accepter entièrement comme une chose naturelle et logique.

Je pu me mettre alors à réfléchir à l'identité de mon sauveur.
Pourquoi m'avait-Elle épargné, Elle dont le regard ne semblait avoir aucune compassion?

Plus important encore, pourquoi avais-je inconsciemment pensé à elle comme à ma Mère?

J'observais son profil, tentant d'y desceller une quelconque ressemblance avec mes traits, sans réellement y parvenir.
Elle était encore plus belle ainsi, le visage penché, semblant dormir paisiblement, ses quelques mèches de cheveux rougeoyants tombant sur ses yeux clos. A en juger par sa corpulence et son physique, elle pouvait être une native du Nord, peut être même d'une des régions du littoral du Royaume de Rune, à en juger par sa façon de prononcer certaines syllabes.


Je fermais les yeux et j'eus une pensée pour celle qui m'avait appris à réfléchir ainsi.
Je compris alors avec acuité que c'était dans l'éventualité d'une situation telle que celle dans laquelle j'étais à présent que ma préceptrice m'avait enseigné tout ce savoir.

Invoquant Sahya, je priais pour que la Sombre ne s'inquiète pas trop quant à mon devenir, et pour que le Dieu du Vent et des Voyageurs nous permette de nous revoir un jour...



Les jours suivants notre arrivée à Gludio:


Nous vivions cachés dans la petite bourgade tranquille depuis déjà plusieurs lunes.
Je pouvais me tromper, mais je n'avais pas l'impression que nous étions poursuivis.

Les rares fois où elle m'autorisait à sortir et l'accompagner en ville, elle me parait néanmoins d'une lourde cape qui me donnait la carrure d'un chevalier en armure à cause des épaulettes, ainsi que d'une capuche aussi profonde que celle des moines silencieux du Monastère des Pèlerins du royaume de Rune.

Elle parlait peu, par simples injonctions la plupart du temps, privilégiant l'efficacité aux blablas inutiles.
Peut être me faisais-je des idées, mais j'avais l'impression d'être proche d'elle, bien qu'elle demeura parfaitement mystérieuse: mes tentatives pour tenter d'en apprendre plus sur elle, par des questions directes ou détournées se soldant invariablement par un silence, un détournement de la question, ou un refus sans appel.
J'avais l'impression de me trouver face à un miroir tellement il lui semblait facile d'éluder toutes mes tentatives, comme si elle connaissait à l'avance ma façon d'aborder les choses.
J'eus du mal à obtenir d'elle son nom, et je n'étais pas bien sûr qu'il s'agissait effectivement du vrai.



Un soir, elle me commanda de rester à la tour alors qu'elle sortirait. Il aurait été difficile de dire que cela était inhabituel, vu qu'une routine avait encore à s'installer, mais c'était la première fois qu'elle partait en pleine nuit.
Elle me renvoya à ma couche en me disant simplement qu'elle avait besoin de réfléchir et que mes ronflements l'empêchaient de le faire avant de refermer la porte derrière elle.
J'étais pourtant certain que je ne ronflais pas...

Le lendemain, de bonne heure, elle revint à la tour:

"J'espère que tu as bien dormi car nous levons le camp. Prépares tes affaires sur le champ."

Lorsque je lui demandais où nous allions, elle me répondit que nous nous voyagerions vers le Nord, plus exactement à la Cité de Rune, afin de demander audience à la Régente des prestigieux Défenseurs de la cité, l'Ordre d'Ambre.


*à suivre*

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Message par Corwynn » sam. 28 février 2009 à 10h44

Le Présent:

Bien qu'Elle m'ait rigoureusement préparé tout le long du voyage vers Rune à cet entretien, insistant bien sur sa nécessité, je ne m'attendais pas à ce que celui-ci fut si difficile.

Le but de notre voyage, m'expliqua-t-elle, était que je sois accepté dans la célèbre Académie d'Ambre, le berceau de nombre des plus fines lames du pays.
Bien que n'ayant jamais été particulièrement porté sur les armes, je comprenais la nécessité d'apprendre à me battre si je voulais survivre dans le futur.

Car c'était bien de cela qu'il était question à présent, une question de survie.

Nous avions convenu à l'avance d'une stratégie et je m'étais préparé chaque soir où nous faisions halte, mentalement et physiquement.
Je révisais également les quelques sortilèges défensifs que ma préceptrice m'avait appris, au cas où.

Ainsi, lorsqu'enfin nous avions atteint les puissants contreforts de la Cité Runnoise, j'étais plein d'une tension à couper au couteau, mais également d'une résolution à réussir inébranlable, ou du moins le souhaitais-je.

Nous avons trouvé la Régente, une Naine souriante d'un certain âge aux cheveux oscillant entre le roux et le rose, dont la frange qui lui cachait les yeux était surmonté d'une magnifique couronne finement ciselée, et portant une armure Majestueuse; dans l'une des rues de la Ville Basse, flanquée de deux solides gaillards en armure, arborant le blason de la Licorne.



Notre plan était simple: alors qu'Elle parlerait la première, je prendrais ce répit pour observer chacun de mes interlocuteurs, et percer leurs points d'orgue, et si possible, leurs éventuelles faiblesses physiques ou dans leurs protections.

L'entretien oral se déroula dans le Grand Hall de la Ville Haute, et ce ne fut pas tant la Régente qui me posa des questions que les deux Hommes qui l'accompagnaient. Je perçus en celui qui portait l'armure lourde de Tallum un certain pragmatisme dans sa relation à la vie, et peut être même, un passé assez sombre. Il se faisait appeler Alendo par la Régente.
L'autre, en armure rouge, semblait apporter une grande importance à la question de la diplomatie qui avait été soulevée, et faisait de belles tournures de phrase. Il me sembla donc plus idéaliste que son comparse, et se faisait appeler Hilde' , Hildebert.
Je tentais donc de tirer partie de ces informations pour répondre au mieux à la véritable inquisition qu'ils me firent subir, et m'en tirais, semblait-il plutôt bien au vu des réactions sur le visage de la Naine, bien que mes fréquents coups d'oeil de biais vers Elle, qui restait simplement impassible et silencieuse, ne me rassuraient pas.

Cependant quand vint la question de savoir quels acquis je pourrai apporter, présentement à l'Ordre, moi qui n'avais jamais fait qu'étudier, je restais sans savoir quoi répondre.




Elle prit alors la parole et se posa elle-même comme l'apport immédiat et consistant de mon intégration éventuelle: Elle se posa ainsi en garantie, faisant valoir sa condition de combattante, et palliant à mes lacunes actuelles le temps que j'apprenne à manier l'art de la guerre suffisamment bien pour prétendre moi même à être une ressource sur laquelle l'Ordre puisse compter.


C'était un compromis inattendu, autant pour moi que pour les autres personnes présentes. La Régente Kya Marra s'empressa néanmoins d'accepter et proposa de passer à la phase suivante de l'examen: un test physique.

Elle proposa de prendre ma place pour le moment, mais l'homme en noir lui dit que je devrais faire front moi-même, sans me cacher derrière elle comme si elle était ma mère. Cette dernière réplique m'échauffa la tête et je relevais le défis, lui disant que je souhaitais me battre.

Elle m'observa simplement en silence puis se dirigea vers la salle d'entraînement de la Guilde des Combattants où les autres nous attendaient déjà.

Alors que je suivais le mouvement, je me mis à réfléchir à ce soudain coup de sang, inhabituel chez moi, et réalisais que je souhaitais lui rendre au moins un peu de ce qu'elle m'avait donné, qu'elle ne puisse pas se dire qu'elle avait sauvé la vie à un pleutre.




C'est ainsi que je me retrouvais face à ces deux Gardes d'Elite, Alendo et Hildebert.



Je rentrais dans la grande salle d'entraînement, quelques soldats étaient en train de faire des exercices, et tournèrent bien vite leur regard vers nous quand ils nous virent arriver et nous faire face.
Elle pour sa part, s'était adossée à une des colonnes de la salle derrière moi, et bien que je ne pouvais la voir, je l'imaginais aisément dans sa posture habituelle, les bras croisés sur sa poitrine, l'air serein.

Je revisitais à toute allure dans ma tête toutes les techniques de défense que ma préceptrice m'avait enseignés, et maudissait chaque jour où j'avais potassé plus la théorie que la pratique. L'adrénaline tambourinait à mes tempes, mais j'essayais de me concentrer sur mes adversaires en faisant le vide dans mon esprit.
Dans une situation pareille, son meilleur conseil eut été de fuir, mais cela m'était impossible.
Je me résolu donc à lutter non pour gagner, mais pour retarder le plus possible l'inévitable.

Ce fut Alendo qui fit le premier pas et vint se planter devant moi. Je pris une profonde inspiration et restait stoïque devant l'homme qui me dépassait d'une bonne tête, et ne recula pas. Son armure venait presque toucher mes simples vêtements de voyage.
Il esquissa un sourire mauvais et, à une vitesse prodigieuse pour quelqu'un portant une si lourde armure, il se glissa dans mon dos, sortis une dague dissimulée et la plongea vers ma gorge.
Presque pris de court malgré le fait que je m'étais mis sur mes gardes, je n'eus que le temps d'accompagner son mouvement pour éviter que sa prise ne se referme parfaitement sur moi, afin de le gêner, et d'intercepter sa lame à main nue, m'ouvrant profondément la paume.

Malgré la douleur, je ne lâchais pas, conscient de la proximité de la dague avec ma gorge.
Hildebert intervint à ce moment là et se jeta sur moi, ses épées sorties: il me pointa à la gorge à son tour, tandis que son camarade continuait de me ceinturer par derrière.
Je pris avantage de ce qu'il s'était rapproché pour m'agripper davantage au bras de de l'homme en noir, et lancer mon pied dans le plastron de celui qui me faisait face.

Ma tentative ne lui arracha qu'un vague sourire de dédain, car il ne recula pas une seconde, tel un roc, mais c'était juste l'impulsion qu'il me fallait pour prendre appui sur lui et projeter ma tête avec force en arrière, en visant le menton de celui qui me maintenait dans sa prise, et rompre la distance avec la lame de l'épée qui me menaçait.
Alendo recula légèrement pour éviter le coup, et j'en profitais pour lancer une courte incantation. Cependant la formule fut récitée bien trop vite et, entravé et sans arme, elle ne produisit qu'une vague bourrasque dans le visage d'Hildebert qui s'esclaffa devant la faiblesse du Sortilège.

Profitant de mon désarroi, Alendo me flanqua un coup de botte ferré dans les mollets, me faisant grimacer de douleur et perdre l'équilibre.
Loin de me raccrocher, j'en profitais alors pour me glisser hors de ma tunique. Je réussis ainsi à me faufiler hors de la prise de l'homme en noir... seulement pour me retrouver face à la pointe de l'épée d'Hildebert.
Au sol, tenu en joue, c'était une défaite sans appel, et je finis par baisser le visage, honteux, haletant, de grosses gouttes de transpiration me barrant le front alors que les deux hommes n'avaient guère pris plus de cinq secondes pour me maîtriser.

J'entendis vaguement les deux hommes parler, Hildebert se pencher sur moi, et dire que ce n'était pas si mal, ou qu'en tout cas, j'avais apparemment déjà fait mieux que la dernière candidate en date à l'académie.
Alendo ajouta même qu'il avait apprécier ma pugnacité, pour un garçon aussi jeune et qui n'avais jamais fait qu'étudier.

Dame Kya Marra me pria alors de venir la rejoindre. Je remis tant bien que mal mes vêtements et ma chevelure ébouriffée en ordre, et masquant ma douleur en serrant les dents, me dirigeais vers elle. Elle me remit un blason légèrement différent du sien, en me souhaitant la bienvenue à l'académie d'Ambre.

J'acceptais l'objet avec un hochement de tête, ayant encore du mal à me remettre de la rouste que je venais de me prendre.
Puis la Naine annonça que c'était au tour de ma protectrice de se faire évaluer. Alendo se tourna alors vers moi, me demandant si c'était réellement ce que je voulais pour Elle.

Je restais un moment à la regarder, toujours aussi stoïque et silencieuse, et ne pouvais murmurer autre chose que, si elle le souhaitais seulement...
Elle se leva cependant sans attendre la fin de ma phrase et commença à attacher les boucles de son armure, puis tira une fois prête chacune de ses deux lames hors de leur fourreau.


La Naine piaffa d'excitation, tandis que les deux hommes se mirent cette fois-ci en position de combat. Je savais qu'ils seraient sérieux cette fois-ci, contrairement à ce qu'ils avaient fait avec moi, où ils s'étaient contenté de jouer.



[Extrait d'Ambiance: Clash of Arms
http://www.youtube.com/watch?v=jmUGO25DoVc ]




Alendo demanda à Hildebert si il souhaitait s'en charger, et ce dernier accepta avec entrain, dégainant à nouveau ses lames et faisant quelques moulinets avec, avant de venir se planter devant Elle, avec un air de défi.

Elle, toujours aussi sereine, lui susurra simplement: "vous feriez bien de vous tenir prêt..." mais il brossa l'avertissement en lui assurant qu'il était toujours prêt et que ses lames étaient sorties.



Avec une vitesse fulgurante, elle cassa son attitude détendue, presque détachée et porta sa première attaque: elle porta un coup de taille à pleine puissance en plein dans le plastron de son adversaire. L'homme pourtant solidement bâti vacilla sous le coup de butoir qui aurait éclaté le crâne à un ours et mit quelques secondes à se ressaisir. Elle profita cependant de l'ouverture créée pour le lacérer de coups foudroyants de ses lames avec une célérité qui me remplit d'incrédulité et presque même d'effroi...
Elle, toujours si calme et sereine, s'était transformée en véritable derviche tourbillonnante!
Hildebert repris corps avec le combat et revint bien vite à son niveau, mais il semblait clairement débordé par la soudaine furie de l'assaut initial.

Elle fit finalement voler l'une des lames de son adversaire, qui alla tournoyer haut dans le plafond avant de se planter entre deux dalles de la pièce. Elle profita de ce qu'il n'avait plus qu'une épée pour lui porter un coup tranchant à la jugulaire, s'arrêtant de justesse, avant de lui décocher un puissant crochet à la mâchoire avec la garde de son épée, envoyant le colosse au tapis.
Elle se repositionna immédiatement, solidement campée sur ses deux jambes, se mettant en garde avec détachement. Elle n'eut que le temps de voir filer vers elle une sorte d'éclat soudain qu'Alendo venait de lui lancer sans crier gare.
De justesse, Elle fit basculer son buste sur le côté dans une légère rotation des hanches avec une grâce presque surnaturelle. Je fus marqué par l'expression sereine de son visage qui ne trahissait nullement l'effort fourni. D'un coup sec, presque réflexe, Elle dévia le projectile de sa lame, qui ricocha et vint se planter à mes pieds: je constatais avec stupeur qu'il s'agissait de la dague d'Alendo.
La contre-attaque claqua immédiatement: ce que je pris pour une onde sonore déchira l'air en un arc meurtrier partant de ses lames et cingla l'homme en noir de plein fouet.



Elle le déborda ensuite, réduisant la distance qui les séparait en un clin d'oeil et le frappa avec une violence inouïe sans afficher le moindre état d'âme.
Des étincelles volèrent lorsque la morsure de l'épée entama l'armure pourtant solide de l'homme en noir. Alendo, qui avait jeté son arme, n'eut d'autre choix que d'encaisser dans un grincement de dents et d'armure emboutie, une partie des protections volant en éclats. Il se laissa à nouveau frapper, à dessein et lui flanqua un coup d'épaule dans les côtes en grimaçant. Il la fit reculer, chancelante, les talons de la jeune femme crissant sur le dallage de la salle, suffisamment pour avoir le temps de se saisir de ses lames doubles à son tour. A présent armé de ses deux épées flamboyantes et la surprise initiale passée, il marqua un temps d'arrêt pour se redresser de toute sa hauteur et se jeta à son tour sur elle avec rage!

Je serrai les poings, le souffle coupé par le combat qui se déroulait sous mes yeux.. Ce spectacle auquel j'assistais, un ballet dansant de lames effilées, était effarant pour le simple profane du combat que j'étais.
La nouvelle passe d'armes sembla tourner à l'avantage de l'homme en noir, plus frais, alors qu'Elle commençait à donner les signes d'usure de son combat précédent.
Les deux adversaires ne voulaient pas se laisser le moindre répit et je devinais confusément que l'issue du combat se jouerait à un cheveux.
Finalement, Alendo écarta la lame de son adversaire d'un coup magistral et de son autre épée, s'engouffra dans l'ouverture et lui lacéra le plastron dans une gerbe d'étincelles d'un coup dévastateur. Elle vacilla soudain, pivota sur elle-même dans une vrille, sa chevelure écarlate au vent. Mais au lieu de s'effondrer comme je m'y attendais, elle profita de sa force de rotation pour atténuer l'ampleur du coup qu'elle venait de recevoir. Entrainée par le mouvement elle fit soudain volte-face. L'entrechoquement des lames rugit dans l'air tel un tonnerre et elle asséna un double coup d'épée qui fit presque lâcher ses armes à Alendo. Ce dernier grinça des dents, un rictus de douleur sur le visage, avant de s'écrouler au sol...




La salle qui venait de raisonner du tumulte de la morsure de l'acier contre l'acier retomba tout à coup dans le silence. Tout ceux qui étaient présents restèrent médusés, sans voix. Les soldats présents, bien qu'étant coutumiers des combats et qui avaient même pour la plupart pris part à de nombreuses campagnes guerrières, ne pipèrent mot. J'entendis même le bouclier de l'un d'entre eux se fracasser sur le sol, l'ayant laissé échappé. Puis les murmures commencèrent à fuser. Moi-même je ne pouvais que rester bouche-bée.

Alors que j'avais été maîtrisé si facilement par ces deux hommes, Elle venait de les envoyer tout deux au tapis l'un après l'autre d'une seule traite.





Je réalisais soudainement la force cachée véritable de ma protectrice.
Moi qui au fil des jours, avais pensé me rapprocher d'Elle, mesura alors pleinement la portée de la distance qui nous séparait réellement l'un de l'autre.




Ces pensées austères furent tout à coup chassées par les clameurs de la Régente, qui sautillait de joie en applaudissant devant le spectacle qui lui avait été offert.
Alendo se releva avec un sourire, il n'avait visiblement pas prévu que les choses tourneraient ainsi. Elle pour sa part rengaina simplement, sans se départir de sa sérénité coutumière. Elle ne fit pas preuve de courtoisie en lui offrant son bras pour l'aider à se relever, comme il était de coutume chez les combattants, mais elle n'eut pas non plus d'attitude désinvolte on condescendante à son égard.

Elle avait simplement vaincu, et elle ne chercha pas plus avant à prouver sa valeur.


Nous venions tout deux de démontrer cette valeur aux membres de l'Ordre, mais plus encore que cette acceptation, ce fut de voir le rayonnement tranquille dans son regard impénétrable et la majesté de sa prestance dans une telle épreuve qui fut le premier pas véritable de l'admiration que je devais éprouver pour Elle à partir de ce jour...

*à suivre*

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Lotradas
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Re: Corwynn

Message par Lotradas » jeu. 16 juillet 2009 à 13h32

Compte supprimé par conséquent de meme pour le perso

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